Ecriture Les interviews d'éditeurs

Les coulisses de Sonatine Editions

Bonjours à tous !

C’est avec un immense plaisir que l’on se retrouve aujourd’hui pour vous parler de Sonatine Editions. Cette maison d’édition a débuté avec une petite équipe et qui en peu de temps a réussi à s’imposer comme l’une des plus grandes maisons. Elle a fait connaître au public français Paula Hawkins, R.J. Ellory et d’autres. L’un des membres de Sonatine Editions a  répondu favorable à notre invitation. 


 

∼ Alors pour commencer pouvez-vous vous présenter ?

« Je suis Auxane Bourreille, je suis relation libraires et festivals ainsi que chargée de communication web chez Sonatine. »

∼ Dites-moi en plus sur vous.On est entre nous il n’y a pas de tabous ^^. Vous avez fait quoi comme études ? 

« J’ai terminé mes études il y a un an et demi et j’étais ancienne stagiaire chez Sonatine il y a plusieurs années. Aujourd’hui, je m’occupe donc de l’organisation de la venue d’auteurs en festivals et/ou librairies, ainsi que de nos réseaux sociaux et de notre stratégie de communication sur le web. J’ai fait une licence de lettres modernes et de théâtre à la Sorbonne/Paris 3 et un master en alternance à l’université de Villetaneuse, en commercialisation du livre. Le master était intéressant. »

 ∼ Tu as donc été stagiaire chez Sonatine Éditions, quelles ont été tes premières impressions lorsque que tu es rentrée pour la première fois dans le monde de l’édition ? As-tu eu des déceptions ?

« Mon premier stage n’était pas chez Sonatine, mais au service commercial de chez Hachette Illustré. Je sortais juste du lycée, et c’était très très différent de ce que je pensais. Je n’imaginais pas du tout toute la machinerie commerciale qu’il y a derrière le métier d’éditeur, ni la variété des métiers. Au départ, ce n’était pas vers là que je pensais aller, mais plutôt vers un service éditorial. Au final j’ai énormément appris et ça m’a permis de désacraliser très rapidement l’idée que j’avais du milieu de l’édition, ce qui m’a pas mal servi plus tard.

Je n’ai pas eu de déception en soi, mais il est à mon avis important de rentrer dans le milieu professionnel le plus rapidement possible pour ne pas laisser ses idées préconçues diriger nos choix. Mieux vaut faire un stage dans un service qui – au final – ne nous intéresse pas, et donc savoir où on veut aller, que de ne pas faire de stage du tout.

C’est certain il faut sélectionner par l’expérience pour avoir une vraie idée du terrain au final. »

∼ En tout cas, c’est un parcours assez riche pour une jeune personne. En tant que chargée de communication qu’est-ce qui vous anime dans votre métier et donne envie de continuer malgré les difficultés ?

« Oh, les difficultés ne sont pas assez importantes pour me freiner ou me donner envie d’arrêter pour l’instant !

Mais je dirais que la partie de mon travail qui me plaît le plus c’est la possibilité de pouvoir moduler mon discours comme je le souhaite. C’est-à-dire que nos objectifs, la qualité du texte, la personnalité de l’auteur, nos projets, etc. vont directement impacter mon discours lorsque je vais parler d’un livre à un libraire ou sur nos réseaux sociaux.»

∼ Votre rôle est essentiellement sur la promotion du livre alors et non pas sur sa conception ? (la couverture, les ventes etc.)

« Si je prends comme exemple L’Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich, je peux aussi bien dire que c’est un roman, de la non-fiction ou un polar sur le fait divers. Et il faut que je choisisse le bon angle suivant mon interlocuteur afin qu’il se dise que oui, ce livre va lui plaire. »

Je viens après, une fois que toute la conception est finie. Mais nous sommes une petite équipe, et je participe tout de même à la conception sur les questions de marketing et communication : est-ce qu’une couverture se verra bien en librairie, à qui s’adresse le livre, dans quel rayon vaut-il mieux le mettre, etc. »

∼ Racontez-nous une anecdote, un moment marquant dans la maison d’édition ?

« En octobre j’ai accompagné David Joy, un de nos auteurs américains, à deux festivals dans le sud de la France. Entre les deux, on est allés dans différentes villes pour faire des rencontres en librairie. C’était la deuxième fois qu’il voyageait de sa vie, la première fois qu’il prenait le train, etc. Et il m’a demandé si on pouvait réaliser son rêve de gosse : aller pêcher le silure dans le Tarn. (pour info, le silure est un gros poisson de deux mètres). Du coup, j’ai organisé ça, et je l’ai accompagné. C’était complètement improbable, coupé du métier de l’édition, mais vraiment très très chouette. C’est aussi ça que j’aime, c’est qu’on rencontre beaucoup de gens qui ont la même passion que nous, mais que la relation ne s’arrête pas qu’aux livres et va bien plus loin, bien souvent. »

 

 

∼ C’est génial ! C’est super sympa. Vous avez l’occasion de rencontrer plusieurs auteurs des quatre coins du monde. Parlez-nous de l’histoire de Sonatine éditions. D’où est venue l’idée de créer cette maison d’édition ? Pourquoi ce nom ?

« La maison a été créée  par Arnaud Hofmarcher, qui était (et est toujours) éditeur au Cherche-Midi, et François Verdoux qui s’occupait des droits audiovisuels au Cherche-Midi aussi. Ce sont deux grands cinéphile et polardeux. Ils ont monté leur propre structure et voulaient publier des romans qui leurs plaisaient, sans trop se soucier d’une ligne éditoriale ou des conventions. Ils ont choisi Sonatine en référence au film du même nom de Takeshi Kitano.

Au départ, la maison n’était pas vouée à publier que du noir, du polar et du thriller. Mais nos succès commerciaux et éditoriaux sont dans cette branche-là, donc on nous identifie à ça maintenant.

En 2018, la maison a fêté ses 10 ans. Aujourd’hui, elle n’est plus indépendante et appartient à Editis, et nous sommes 8 employés ! »

∼ J’imagine que lancer une entreprise demande certains moyens. Quels sont les moyens qui vous ont permis de décoller réellement ? 

« Guy Martinolle les a aidés financièrement pour lancer Sonatine au départ.  De plus, le marché du livre qui était favorable à l’arrivée d’un nouvel acteur, notamment en polar. Il n’y avait pas l’embouteillage qu’il y a aujourd’hui sur ce type de roman. Et puis les textes que nous avons publiés dès le début, surtout. Nous avons eu beaucoup de titres qui se sont très bien vendus dès les premières années, ça a poussé à un développement rapide. Il y a notamment le livre Tout est sous contrôle d’Hugh Laurie (N.B. Docteur House) , l’acteur qui joue Dr House, qu’on ne pensait pas être un carton mais qui est sorti au moment où la série explosait. Il me semble que ça a été le premier très gros succès commercial de la maison. »

∼ Comme quoi on peut partir de rien et réussir. Qui travaille dans les coulisses de Sonatine Éditions ? 

« A part Arnaud et François dont j’ai parlé, il y a Marie Misandeau, qui est éditrice et gère la relation avec les agents étrangers, les achats de droit, etc. Il y a Anne-France Hubau, la directrice adjointe qui se charge de la relation avec la direction d’éditis et chapeaute un peu tout. Clémence Billault s’occupe de la coordination éditoriale (et le vendredi elle travaille sur sa propre maison d’édition, Marchialy, qui est super !). Léonore Dauzier est la directrice commerciale, communication et marketing. Et enfin, Cécile Rauby s’occupe des cessions de droits aux maisons d’édition poches et autres. On travaille ensuite avec des prestataires extérieurs pour la relation presse et le graphisme. » 

∼ Un bon gros noyau !  Pouvez-vous me parler d’Editis et ce qu’a apporté ce rachat ?

« C’est vraiment tout petit par rapport aux maisons d’édition plus classiques comme Gallimard, Albin Michel, etc. On est tous multi-tâches ! On publie un nombre très limité de livres par an (environ 20) alors que d’autres maisons sont plus sur du 150 à 300 titres différents. Forcément, la masse salariale nécessaire n’est pas la même.

Editis est donc le deuxième groupe d’édition de France, derrière Hachette. Il est composé de plusieurs maisons d’édition dont le Cherche-Midi, Robert Laffont, XO Editions, Pocket, Plon, Perrin, Solar, etc.

Et ce n’est pas un partenariat, Sonatine appartient totalement à Editis. Nous ne sommes pas dans les mêmes locaux que tout le monde, nous avons une liberté totale dans nos publications, mais nous devons rendre des comptes réguliers au groupe. Eux nous aident surtout au niveau de la sécurité financière qu’ils nous apportent, et de certains avantages notamment liés à la diffusion et à la distribution via Interforum, qui leur appartient également. »

∼ Comme on dit ce n’est pas la quantité qui compte mais la qualité ! Quelle est la devise ou la maxime de Sonatine Éditions ?

« C’est une volonté de rester à 20 titres par an. On ne veut pas rentrer dans le jeu de la sur-production littéraire qu’il y a actuellement. On préfère revoir notre stratégie pour voir ce qui ne va pas ou améliorer nos ventes.

Et je pense que François Verdoux, notre chef, résume le mieux l’esprit dans les coulisses de Sonatine. Il dit toujours qu’il ne travaille qu’avec des gens avec qui il pourrait dîner. Ça résume bien l’ambiance très familiale et petite structure qu’on a, un peu à la débrouille, mais qui reste du coup très humaine ! »

 

∼ Parlons un peu plus du côté éditorial. Comment décrivez-vous la ligne éditoriale de Sonatine Editions ? 

« Noire. On fait principalement du polar, du thriller, mais aussi de la littérature (noire), de la narrative non-fiction, ou même des documents sur la musique et le cinéma, voire quelques beaux livres.

Nous sommes connus pour nos polars et thrillers psychologiques, parce que c’est dans ces genres que nous avons eu les plus gros succès commerciaux. Mais on fait aussi de la littérature noire en publiant des auteurs comme David Joy ou Michael Farris Smith. Ces deux exemples sont des auteurs que nous avons publiés récemment, mais cela fait longtemps que nous publions ce genre de textes. Nous faisons aussi ce qu’on appelle de la narrative non-fiction, avec des titres comme Côté Ghetto de Jil Leovy ou plus récemment L’Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich. La narrative non-fiction c’est parler de faits réels – voire journalistiques – mais adopter un style qu’on adopte normalement pour de la fiction, afin d’avoir un récit plus immersif.»

∼ La maison d’édition est spécialisée dans les romans noirs. Elle tente même de réinventer le genre. Qu’entendez-vous par « roman noir » ? Comment réinventez vous ce genre ? 

« Je ne sais pas si on réinvente le genre… on essaie de sortir des codes tous tracés, comme la couverture noire très classique, ou ce genre de choses. Et définir le roman noir est assez compliqué ! C’est un état d’esprit. Il faut que le livre ait quelque chose d’éminemment sombre, que ce soit réaliste ou non. Mais le roman noir n’a pas de frontière définie, ou une liste de sujets à aborder. »

∼ A quel(s) public(s) s’adressent la maison d’édition ?

« Chaque livre s’adresse à un public différent. On publie des choses très pointues et exigeantes, d’autres beaucoup plus grand public. Tout dépend du texte ! »

∼ Sonatine Editions est devenue une grande maison d’édition au fil des ans. Fondée en France en 2008, je me demandais si la maison d’édition était localisée outre Atlantique ou ailleurs en Europe ?

« Non, nous sommes basés uniquement à Paris. »

∼ Prévoyez-vous de vous développer géographiquement ?

« Pas du tout. A la limite, s’il y a un développement à prévoir, c’est au niveau d’Editis. Mais nous n’avons aucun intérêt à nous étendre sur d’autres territoires étant donné que nous ne faisons que de la littérature étrangère et que nous achetons des droits pour publier uniquement en France.

 

∼ Par le rachat d’Editis, Sonatine Editions a pu développer Super 8. Pouvez-vous m’en dire plus ? Qui s’en occupe ?

« Malheureusement on a dû mettre Super 8 sur pause cette année. Fabrice Colin dirigeait la maison, aidé par Arnaud Hofmarcher, Marie Misandeau et Marie Labonne qui travaillent également sur Sonatine. »

∼ Ça a l’air pas mal dit comme ça !Peut-être qu’un peu plus tard la machine redémarrera.

« Il y a eu de supers bouquins publiés oui. On l’espère ! »

 

∼ J’aimerais maintenant savoir comment vous travaillez. J’ai pu voir qu’à la différence des autres maisons d’édition, c’est vous la plupart du temps qui cherchez et démarchez les futurs manuscrits qui seront édités chez vous. Pourquoi ce choix ?

« Nous ne publions que des textes étrangers, ce qui veut dire que nous achetons des droits de textes – la plupart d’auteurs anglophones – pour pouvoir les publier en France. Nous achetons donc un livre déjà écrit, et édité (l’auteur travaille avec son éditeur sur le texte dans son pays d’origine, et nous n’y touchons pas). Nous passons donc par des agents ou des maisons d’édition étrangères qui nous proposent des textes, ou à qui nous demandons des textes que nous avons repérés.

Ce fonctionnement est inhérent à une maison d’édition qui fait de la littérature étrangère. Très peu de ME françaises travaillent avec l’auteur sur un texte anglais, surtout si l’auteur est publié dans son pays d’origine. C’est un métier complètement différent d’un éditeur de littérature française. Et le choix de publier de la littérature étrangère est simplement lié aux goûts des créateurs de la maison. »

∼ D’accord donc c’est une réédition finalement ?

« Non, une traduction. On achète le texte en langue originale, nous le traduisons puis le publions en France. »

 Qu’est-ce qui vous motive à traduire plus un livre qu’un autre ? Que recherchez-vous ? 

« Je ne pense pas que nos éditeurs aient de critères particuliers. Il faut que ce soit du noir, ça c’est une chose. Sinon on cherche des textes qui nous plaisent, en fait. Qu’ils soient grands public ou non, très écrit ou avec un style simple et efficace… On cherche d’abord des livres qui nous font passer un bon moment, qu’elle que soit la manière : parce que c’est une page tournée, ou qu’il nous fait réfléchir, ou rire, ou pleurer… »

∼ De l’émotion et du caractère avant tout.

« Voilà ! »

∼ La maison d’édition présente aussi des œuvres cinématographiques comme La fille du Train de Paula Hanwkins, Les apparences de Gillian Flynn qui fut adapté au cinéma américain sous le nom de Gone girl. Des romans et des auteurs qui pèsent dans le monde littéraire mais aussi cinématographique. Comment se passe la transmission les droits littéraires ? Comment se déroule la collaboration entre les auteurs, les agents, etc. ?

« Etant donné que ce sont des auteurs étrangers, ce n’est pas nous qui gérons ça mais les agents des auteurs. »

∼ Vous êtes aussi connus pour vos couvertures chocs et cassant les codes comme pour Tout est sous contrôle de Hugh Laurie ou Allez tous vous faire foutre de Aidan Truhen. Il y a aussi un travail graphique qui est produit en plus de la traduction ? 

« Bien sûr, je parlais là uniquement du travail sur le texte, pour bien signifier qu’on intervient très peu sur le texte, traduction et corrections mises à part. Après, autour de l’objet en lui-même, on se détache de ce qu’a fait l’éditeur étranger et on fait ce que l’on pense être pertinent selon le texte et le marché du livre. Pour le graphisme, nous travaillons toujours avec le même graphiste, Rémi Pépin, qui s’occupe de toutes nos couvertures. Ça nous permet d’avoir une vraie cohérence à ce niveau là. »

∼ Êtes-vous en lien avec les auteurs ou encore une fois vous avez carte blanche ?

« Nous faisons valider les couvertures par les auteurs, ou à défaut, au moins leurs agents. »

∼ Il y a beaucoup de maisons d’édition spécialisées dans le roman noir. Qu’apporte de plus Sonatine Editions ? En quoi se démarque-t-elle ? 

« Peut-être le fait que nous ne nous imposons pas de frontières ; on n’hésite pas à faire le grand écart entre des textes très différents, qui ne s’adressent pas au même public. »

 

∼ L’interview est finie ! Merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions c’était très enrichissant ! Un dernier mot pour la fin ?

« En tout cas, merci pour l’interview et l’intérêt que vous nous portez. J’espère avoir pu vous donner les informations que vous cherchez. Bonne journée ! »

FeizaS.

 

FeizaS
<p>Rédactrice et administratrice du blog.</p> <p>Passionnée de tout et de rien, mon esprit vagabonde au fil de mes lectures.</p>

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